TEXTE DE PRESENTATION DE L’EXPOSITION « EMMURES (MAIS) VIVANTS »

Des images furtives aux commentaires lacunaires nous en arrivent invariablement.

Mais que sait-on vraiment au fond de la Palestine, des Palestiniens ?

Noyés dans le flot ininterrompu des analyses et des plans larges des cameramen, isolés par un mur de 8 mètres derrière lequel on les oublie, écartelés entre la Cisjordanie et Gaza ou en exil  aux quatre coins du globe, le peuple Palestinien se désagrège inexorablement. Aux yeux du monde, ils ont perdu leur visage. Leur humanité.

Pourtant les « Emmurés vivants » ne veulent pas mourir. Malgré l’occupation, la colonisation, et le contrôle croissant des mouvements et des esprits, les Palestiniens résistent. Ils continuent à aller au travail, à l’université, à l’école, dans un espace qui leur échappe et se réduit de plus en plus.  Ils n’ont pas le choix.  Ils continuent à vivre et à revendiquer leur liberté.

 « Emmurés » mais « vivants ». C’est ce dont voudrait témoigner ces photographies: le combat silencieux, la résistance quotidienne et inlassable des Palestiniens pour leur dignité d’hommes et de femmes.  L’ exposition veut revenir a quelque chose d’essentiel: poser la question d’une humanité mise à mal par une situation justement “déshumanisante”.  Remettre les Palestiniens au centre des photographies et de notre regard, oser les regarder bien en face, et nous poser la question de notre responsabilité, telles en sont les ambitions dérangeantes.

« Emmurés (mais) vivants est disponible sur demande.

L’exposition comprend 36 photos en noir et blanc, format 30x40 avec passe partout ; et légendes.

.....................................................................................

Extraits de chroniques de palestine (2003-2008)

Quelques extraits de mon journal que j’ai tenu de manière irrégulière.

22 octobre 2003- Première sortie de terrain à Hébron

 

22 octobre, retour a Ramallah après deux jours à Hébron…

 

Première vraie sortie sur le terrain. Après une semaine ici, c’est plutôt rapide. But du voyage : prendre la mesure de l’ampleur de la gravité de la situation des Palestiniens sur le terrain, prendre des photos pour la campagne contre les punitions collectives pour l’organisation palestinienne Al-Haq. Personnellement, apprendre à me débrouiller seule en Palestine, rencontrer les gens, exprimer leur souffrance et misères quotidiennes sur la pellicule.

Combien de temps faut-il pour se rendre à Hébron ? Ici toujours difficile de se rendre compte on peut être bloqué en route, être obligé de passer par les montagnes à cause des routes coupées par les checkpoints israéliens. On sait quand on s’en va, jamais quand on va arriver ou revenir.

Hebron est censée être plus dure que Ramallah. Une grande ville avec quelques colons qui se sont installés en plein centre de la vieille ville et qui empoisonnent la vie des milliers de Palestiniens qui les entourent. De multiples accidents se produisent. La ville est sous tension permanente. L’année dernière, le couvre-feu a été très souvent décrété. En janvier 2003, les habitants ont passé 29 jours de suite sous couvre-feu avec seulement quelques heures par jour où les gens pouvaient aller faire les provisions. Une partie du vieux centre ville est carrément fermé et hyper protégé par les soldats israéliens, si ce n’est par les colons eux-mêmes qui n’hésitent pas à prendre les armes. De nombreuses familles palestiniennes ont été poussées à bout et ont dû partir. Des centaines de boutiques ont été fermées. Le vieux centre ville est quasi désert et désolé. Cela fait d’autant plus mal au cœur que ce vieux centre-ville est très beau, ou plutôt SERAIT très beau, sans les barbelés, les destructions, les regards baissés.

 

Me voilà donc partie vers ma destination, re-check point a Qalandia mais je commence a m’y faire. Je dois changer à Jérusalem de service (taxi collectif palestinien). Jusqu'à Hébron nous subissons 4 contrôles. Les soldats sont des gamins. Mais ce n’est pas plus rassurant au contraire. On ne peut pas atteindre Hébron directement bien sûr, ce serait trop facile. Le service nous laisse à la périphérie de la ville, il faut passer par dessus un road block, ces tas de terre et de pierres déversés au milieu de la route qui empêchent les Palestiniens de se déplacer avec leur voiture. Je rencontre Zahi, le fieldworker (correspondant) de AlHaq, tout sourire. Il me raconte les misères de sa ville. Il m’amène d’abord voir un ingénieur qui s’occupe du comite de défense des terres. Il connaît bien le terrain. Toujours la même histoire : depuis Oslo, la situation a en fait empiré sur le terrain : plus de colonies en constructions, plus de terres confisquées, moins d’espoir pour les Palestiniens. De mémoire, il me trace de son doigt sur la carte du district le tracé prévu du « Mur de sécurité » que le gouvernement israélien a prévu de construire. Le Mur empiète grandement sur les terres palestiniennes. Il faut bien comprendre que certains villages palestiniens vont se retrouver du mauvais côté de cette frontière imposée de force. Certains ne pourront simplement pas aller travailler sur leur terre qui ne seront plus bientôt les leurs. Ce comite a défendu quelques cas avec succès devant la Cour suprême d’Israël. Voilà quelques bien maigres victoires. Je visite ensuite une maison dévastée. Elle a été explosée par l’armée israélienne. D’après ce que j’ai compris les soldats avaient poursuivis dans cette maison deux membres recherchés du Hamas qui s’y étaient refugiés dans leur fuite . Les soldats ont tout d’abord tiré, un homme qui regardait par la fenêtre a ainsi pris une balle. Puis ils ont fait sortir tout le monde et ont fait sauter l’immeuble. Les seize familles de cet immeubles de 8 étages ont ainsi vu leur maison partir en fumée. Imaginez juste un instant que cela vous arrive…16 familles à la rue ; le feu s’est propagé a la maison mitoyenne et a tué un nourrisson. Certaines familles se sont installées dans des tentes de fortune construites juste à côté des ruines. Imaginez l’impact psychologique. Je me promène au milieu des ruines, prends quelques clichés, le cœur bien serré. Ces monstres étranges formés de béton et de bouts de ferrailles sont des créations maléfiques crées par l’homme qui risquent de hanter mes rêves. Quelques objets rappellent que la vie quotidienne  et que des personnes ont vécu ici : une paire de chaussures, quelques habits, un fauteuil mais l’endroit est désert. On se croit dans une scène apocalyptique. Peut-être nous n’en sommes pas si  loin si nous continuons à fermer les yeux. Détruire une maison c’est bien plus que causer un dommage matériel ; c’est causer un dommage psychologique immense ; c’est un peu vous voler votre âme. C’est aussi pour faire comprendre aux Palestiniens qu’ils n’ont littéralement plus de chez eux, qu’ils n’ont plus qu’à partir. Dans certains autre pays, on appelle cela du nettoyage ethnique, ou crime contre l’humanité. En Palestine on couvre ces mots par d’autres bien commodes : sécurité et terrorisme.

 

Nous partons visiter une autre maison détruite. Je mets du temps a comprendre qu’il s’agit de la maison d’un leader du Hamas (Abdullah Alqwassma). Explosée un 11 septembre 2002, ironie du sort. Dans ce bombardement du 11 septembre, il n’y aura pas de poursuites des responsables. Vous me direz que le Hamas conduit des attentats terroristes et que Israël a le droit de se défendre. Mais ce droit est encadré par le droit international. Dans cet immeuble, le leader du Hamas n’avait pas été vu depuis trois ans. En fait il a été tué avant. Exploser sa maison, c’est punir sa famille. C’est un acte de punition collective, strictement interdite par le droit international. Dans l’immeuble, ils ont explosé le dernier étage et celui du sous-sol où aussi vivait auparavant un membre actif du Hamas- Bassel, neveu de Abdullah. A cet étage vivaientt 8 personnes. La aussi Bassel n’y avait pas été vu depuis un an. Drôle de maison, avec deux étages détruits et des Palestiniens qui vivent au milieu. J’ai rencontré un vieux monsieur qui habitait dans l’étage du bas, frère de Abdullah et père de Bassel. En trois mois, il a perdu un fils, un frère et son appartement. Quand ils sont venus, les soldats israéliens ne lui ont pas laissé le temps de prendre quelque chose. Ils l’ont fait sortir soi-disant pour simple « vérification », puis ont procédé à la destruction Ils lui ont aussi interdit, comme cela arrive souvent, de reconstruire son étage et d’y revivre. Ce vieux monsieur vit donc dans un des étages épargnés de cet immeuble estropié.

Nous nous asseyons avec d’autres membres de la famille pour parler un peu. Je sens la colère et la violence. Certains propos dérapent : « les juifs ; on n’en veut nulle part, ils n’ont pas voulu d’eux en Europe ». Ils me montrent sur le mur les posters qui glorifient Bassel et Abdullah, devenu des martyrs. Bassels porte une énorme mitraillette. On me montre aussi une autre photo de Bassel, avec des petites lunettes, bien habillé : « Vous voyez il était un étudiant et voyez ce qu’il a eu à faire» . Il rajoute : “les gens pensent en voyant ces poster que Bassel veut tuer tout le monde, ce n’est pas vrai, on ne fait que se défendre”, et il termine par :

 « nous voulons vivre, tout simplement ».

 

Cette journée a été assez rude. Il est temps de rentrer. Nous prenons un service pour aller dans le village de Zahi, au nord de Hébron. Service, chemin de terre ; il faut descendre, marcher dans un chemin, puis sur une route qui a été fermée aux Palestiniens car elle passe près d’une colonie qui domine fièrement la vallée. Certaines voitures ont été visées par balles pour être passées par là. Sur une colline en face, Zahi me dit qu’il y a  un « outpost » ; une pauvre caravane posée avec drapeau israélien. Selon Zahi, bientôt elle sera remplacée par des maisons, une nouvelle petite ville, et ensuite ils rejoindront l’autre colonie par une route et prendront les terres de la vallée. Encore une butte qu’il nous faut grimper puis nous devons reprendre un autre service. On traverse ensuite une grande bypass road où les voitures vont très vite, encore une route interdite aux voitures palestiniennes.

 Devant moi j’aperçois un checkpoint. Une trentaine de palestiniens sont bloqués, au dessus d’eux juché sur une bute est planté un soldat israélien qui leur hurle dessus. Les Palestiniens sont manifestement en colère. Un des hommes me crie : « Vous voyez? Vous voyez ce qu’ils nous font ?”. Je vois. Zahi me pousse du coude pour qu’on passe, mais je me sens mal à l’aise de faire cela. Cela reviendrait à entériner leur politique discriminatoire. Mais les Palestiniens m’indiquent eux-même de passer. J’arrive furtivement à prendre quelques photos. On rejoint la voiture de Zahi pour se rendre enfin chez lui. Un voyage qui devrait être de dix minutes prend en fait 45 mn, et encore parce que j’étais là.

 

Zahi me montre fièrement sa maison, juchée toute seule sur une colline, en face d’une gorge magnifique. Je fais connaissance avec sa famille adorable. Il a six gosses, quatre filles, deux garçons. Très intelligents et vifs, les trois filles les plus grandes parlent un très bon anglais. La passion dans la famille, ce sont les échecs . Zahi et sa femme partent voir de la famille. Je passe une excellente soirée à discuter et à jouer avec les enfants. Je leur apprends à jouer au monopoly. Ils jouaient mais sans en connaître les regles. Je parle beaucoup avec Shadia, l’aînée, une gamine de 16 ans qui est brillante. Mais au fur et à mesure de la soirée, son visage se crispe. Au bout d’un moment, elle m’avoue qu’elle est inquiète car ces parents ne sont pas encore rentrés. Elle me raconte comment des gens ont été tués sur les routes par les colons. Sa terreur est palpable. Elle me parle de ses ambitions :  « Nous voulons juste pouvoir aller en sécurité à l’école comme tous les autres enfants ». Elle a les yeux brillants et sa voix se brise. Soudain son visage s’illumine, elle a entendu une voiture, ses parents sont là.

 

Je passe une sale nuit, entre attaque de moustiques et images des destruction dans la tête. Je me lève avec le soleil. Les enfants se lèvent à 6 heures pour aller à l’école.

 

Le mardi, je pars une nouvelle fois en quête de photos. On repasse par le même checkpoint. Des voitures de la croix rouge sont bloquées là depuis 40 mn et finalement passent. Un vieux monsieur attend sa femme depuis une heure de l’autre côté. Misère et humiliation quotidienne.

 

A Hébron , nous allons rencontrer une employée de la mairie chargée des relations publiques. Elle me parle de la situation à Hébron, de leur impuissance. Officiellement l’Autorité palestinienne devraient contrôler 80% du district ; dans les fait bien sûr rien de cela. Pour la plupart des activités, ils ne peuvent rien faire sans l’accord des Israéliens. Les employés municipaux sont régulièrement battus par les soldats, mais aussi par les colons. Elle décrit la situation comme extrêmement frustrante. «On pense que la situation ne peut pas être pire. C’est faux. La situation empire toujours. Il y a un an nous avions un peu d’espoir, maintenant nous n’avons plus. ». Elle me dit que selon elle, Sharon est stupide, car ce qu’il met en place sur le terrain c’est une “one-state solution”, une solution à un Etat. Mais dans ce cas, les Palestiniens seront la majorité et finiront par diriger la Knesset, dit-elle en riant à cette pensée heureuse. Ce qui me flingue, c’est la façon dont ils arrivent a rire de tout, d’aimer la vie, malgré tout.

 

Nous nous dirigeons vers la vieille ville, je vais essayer d’y rentrer dans la vieille ville dans le quartiers où résident des colons mais ce n’est pas gagné. Zahi me laisse y aller seule. Sur le chemin nous rencontrons un de ses amis qui nous invite a passer chez lui ensuite dans son bureau où on peut trouver de tout, dit-il, en faisant un clin d’œil. C’est noté. Au check point, ils me refusent l’entrée rapidement… »Français ? Arafat ! this is closed … ». Rien à faire…nous nous promenons ensuite dans la vieille ville déserte. De nombreuses boutiques sont fermées. Il règne ici une atmosphère étrange. Nous rencontrons des gosses que connaît Zahi et nous visitons leur maison. La famille est installée là depuis 8 ans. Ils sont pauvres alors ils ne peuvent pas partir, malgré les humiliations, les attaques des soldats et des colons. Deux des enfants ont été blessés. Il y a 6 mois, la femme a fait une fausse couche, quant elle s’est sentie mal elle n’a pas pu atteindre l’hôpital durant 10 jours, coincée dans son appartement par un couvre-feu. Les gamins me dévorent des yeux. Je les prends en photos et ils rient de se voir dans la camera numérique. Je les prends en photos devant leur fenêtre condamnée par les soldats par un rideau épais. Cette fenêtre était la seule véritable source de lumière de leur appartement. Le plus jeune gamin semble agité, ces gosses souffrent manifestement de troubles de comportements comme bien des enfants de palestine. Une des petites filles n’est pas allée à l’école aujourd’hui car elle était trop terrorisée. Les enfants ont été menacés et attaqués plusieurs fois sur le chemin de l’école.

 

De retour chez Zahi, sa femme m’accueille avec un chant. Le dîner est simple et convivial, sur la table pleins de mets différents : humus, huile d’olives, herbes diverses, tomates, pita, thé, on se sert avec les mains. Pas d’assiette ni de couverts. Le mieux est vraiment de pouvoir partager cela, la vie de famille.

 

Je reçois un texto de Michael, mon colocataire, Ramallah est sous couvre-feu. C’est tellement bizarre de voir à la télévision des images du centre-ville désert que j’ai laissé il y a seulement deux jours et des affrontements. Je regrette presque de ne pas être sur place Vais-je pouvoir rentrer a Ramallah demain ? Je finis la soirée en fumant du Narguilé sous les étoiles…belle nuit.

 

Le lendemain, on regarde les nouvelles pour savoir ce qui se passe a Ramallah. Les soldats sont partis. Par contre le fils aine essaye de m’expliquer quelque chose, je comprends enfin que celui qui a été tué à Ramallah est un membre éloigné de leur famille….

Les gamins baissent la tête, serrent les dents et partent a l’école, je ne prendrai pas de dernière photo

 

 

 

 

 

 

 

22 février 2004- Qui les écoute ?

 

 

Je me rends à une manifestation à Beit Surik, un petit village à l’ouest de Jérusalem. C’est à 10 mn en voiture de Ramallah, enfin théoriquement car il nous a fallu deux heures.

A Beit Surik, les habitants manifestent car ils ont appris que le Mur va les enfermer, les étouffer, les séparer de leurs terres, de leurs oliviers, de leur vue, de leur moyens de vivre, de leur identité.

La manifestation réunit peut-être 300 personnes, on grimpe sur une colline qui domine Jerusalem et ses colonies. Nous voient-elles ?  Elles semblent si fermées, si aveugles si indifférentes. Les manifestants sont essentiellement les habitants du village, accompagnés de quelques internationaux. Parmi eux, un groupe de vieilles femmes en robes traditionnelles. Elles sont magnifiques avec leurs visages burinés par des rides, rivières du temps qui sont déjà passés par tant de déracinements, de destructions et d’humiliations. Elles vont se creuser un peu plus, jusqu’à l’os, jusqu’à vif. Elles chantent en rythme qu’elles ne veulent pas du Mur, qu’elles ne veulent pas finir leur vie en prison. Qui les écoutent ?

 

25 février 2004- Apprendre à danser au son des balles.

 

« Je vais vous apprendre comment danser au son des balles » nous dit Amneh en riant pendant que nous regardons les soldats tirer sur les lanceurs de pierres dans la rue principale de Ramallah.

 

Soleil éclatant ce matin. Il fait beau. Aujourd’hui je décide de ne pas prendre mon appareil photo très encombrant.  Et bien sûr, cela n’a pas loupé : incursion militaire. Les soldats israéliens sont partout. Ils visent les banques. Je sors dans la rue, prends des photos avec mon petit appareil numérique. Puis je décide de retourner en courant à l’appartement pour récupérer mon appareil analogique. La vieille ville est encerclée.  Je passe. J’accélère le pas. Mon appareil photo désormais en main, je pars « mitrailler ». Les soldats sont dans la ville. Les gens sont dehors, assez placides. Ils ont l’habitude. Certains sont assis devant leur pas de porte, les rideaux de fer ont été tirés en quelques secondes. Je fais des va-et-vient dans la rue principale. Je suis rejointe par deux collègues de mon organisation. On s’approche des jeeps militaires dans la rue principale en passant dans les petites rues par derrière. Les pierres commencent à pleuvoir sur les jeeps. Les soldats sont retranchés et ont visiblement peur. Nous nous mettons avec les journalistes. Cela commence à devenir vraiment sérieux et je ne peux m’empêcher de sursauter à chaque coup de feu. Les barricades se montent avec des bennes renversées. Soudain pleins de jeunes hommes apparaissent, les « shebabs » comme on les appelle ici. Ils prennent position pour faire face aux soldats,  sur les toits, dans la rue. Al-haq nous appelle mais je veux rester la. L’appel du photographe est plus fort. A chaque bang sur une jeep, une clameur. Je dois dire que cette pluie de pierre est impressionnante. Les gens rient à mes sursauts et me demandent si je vois cela pour la première fois. Eux ils prennent cela en toute philosophie.

Nous retournons au bureau car les soldats semblent battre en retraite. Au bureau c’est vraiment bizarre de trouver tout le monde en train de travailler comme si de rien n’était mais ils doivent avoir l’habitude je suppose. Je retourne au travail mais comment se concentrer ? Les soldats sont toujours là et je décide de retourner voir ce qui se passe. Toujours une pluie de pierres, je suis derrière les soldats mais soudain ils reculent. Je me retrouve alors entre les lanceurs de pierre et les soldats. Pas vraiment idéale comme position, une petite porte est entrouverte, je m’y engouffre…je suis chez le marchand de chaussure.

 

Coincée dans le magasin de chaussures, j’attends que la tempête passe. On m’envoie un message m’annonçant qu’il y a un mort et une trentaine de blessés. Les pierres pleuvent sur les jeeps qui sont juste devant la porte. Les soldats semblent désemparés, ils ne savent pas ce qu’ils font. A chaque fois qu’une jeep est atteinte, des cris de joie retentissent. Cela ressemble à un jeu. Je comprends maintenant pourquoi les magasins ont des rideaux de fer. Les pierres cognent sur la devanture du magasin. Des bruits de pierres, pots de peintures, antennes TV, tout ce qui leur passe sous leurs mains. Les bruits se font plus forts, assourdissants et effrayants. Le marchand de chaussure m’offre un café. Des cris, des rafales, des clameurs…je crois qu’ils sont juste devant la porte. A chaque bruit effrayant, le marchand de chaussure me rassure d’un grand sourire. Les pierres pleuvent toujours. Je pense que je risque de rester coincée là pour un moment. Maintenant les lanceurs de pierres sont à notre niveau. Par miracle, j’arrive a prendre des photos par une fente dans le rideau de fer de fer. Mais nous devons vite nous retrancher à l’arrière du magasin à cause du gaz lacrymogène.

Je commence à me dire que Al Haq doit s’inquiéter. Mon téléphone ne marche pas. J’utilise la ligne du magasin. En effet ils se sont inquiétés, ils sont même assez furieux contre moi. Je suis là maintenant. Ils me demandent de revenir. Par la rue principale c’est impossible. Je pars donc par la porte de derrière, pas vraiment rassurée mais je n’ai pas vraiment le choix. Quelques mètres plus loin, je vois des soldats israéliens dans la rue, et je traverse le plus calmement possible. Mais les routes sont bloquées et il y a des tirs et des jets de pierre. Je décide de passer par derrière, par des propriétés privées. J’escalade une grille, je déchire mon manteau. Je passe par l’UNESCO, je suis près de chez moi, je commence à respirer. A l’appartement, je retrouve les autres, je m’assois, soulagée.

Il semblerait que les militaires israéliens sont juste venus se servir dans les banques palestiniennes. Rien ne semble leur échapper. Les soldats sont finalement partis a minuit. Viennent-ils juste de faire un des plus gros hold-up du siècle ?

Je dois retourner chez ce marchand de chaussures pour le remercier de m’avoir fait sentir presque a l’aise au beau milieu d’une invasion militaire,

 

 

7 mars 2004

 

Je prends des photos en me disant que peut-être dans quelques mois ces paysages seront déchirés par un Mur et que ces paysages d’une valeur inestimable, seront perdus.

 

31 mars 2004- Changement de registres

 

Cette fois ci, j’ai décidé de ne pas envoyer des photos déprimantes mais plutôt des sourires des insolites, des rayons de soleil et de verdure…parce que tout est toujours mêlé ici, le pire avec le meilleur et parce que vraiment la Palestine est une contrée magnifique, surtout en cette saison. Aussi des photos de mon expo, vernissage réussi avec plus d’une centaine de visiteurs pour l’ouverture. Certains Palestiniens m’ont dit qu’ils pouvaient voir dans mes photos combien j’étais liée à eux. C’est un beau compliment. J’ai essayé dans mes photos de mettre l’humain au centre. Car derrière de tels concepts tels que le Mur, les checkpoints, des maisons demolies, il y a des hommes, des femmes et des enfants qui souffrent et luttent quotidiennement contre les difficultés et l’étranglement de l’occupation. Bon je m’arrête ici car je voulais rester sur un ton joyeux, mais ici c’est difficile. Enfin voila, l’exposition devrait tourner en Palestine et surtout à l’étranger. Mais c’était important de commencer ici.

Sinon pour l’instant tout va bien. C’est assez calme a Ramallah ;

 

Mercredi 21 Avril 2004 …Jour de colère

 

Aujourd’hui je suis en colere ….

Parce qu’aujourd’ hui je devais d’abord aller à un village (où les forces israéliennes ont détruit

une quarantaine de tombes) qui s’est avéré inaccessible alors j’ai changé ma route pour Naplouse.

Parce qu’à Naplouse, j’ai été rejetée aux deux checkpoints  ;

Parce qu’au deuxième checkpoint il m’a été dit de retourner au premier ;

Parce que les soldats plaisantaient et balayaient les gens d’un revers de la main, et avec quelquefois des injures ;

Parce que sur mon retour à Ramallah avec un taxi collectif nous avons dû passer six autres checkpoints !

Parce qu’à côté de moi à l’arrière il y avait deux enfants en bas âge qui suffoquaient ;

Le plus inquiétant étant leur absence de sons, ils étaient amorphes, comme morts ;

Parce que j’ai vu ces colons avec des mitraillettes à coté d’un checkpoint ;

Parce que les voitures israéliennes aux plaques jaunes nous dépassaient en trombe sur la file de gauche ;

Parce que j’ai perdu une journée de travail….

Pour moi ce n’est qu’un jour, mais pour beaucoup de Palestiniens ce sont leur quotidien ;

Combien de temps vont-ils supporter cela ?
 

Juin 2005.

 

Après un an d’absence, je suis enfin de retour en Palestine.

Il y a un an j’ai travaillé pour une organisation palestinienne et j’ai pu ainsi sillonner la Cisjordanie et récolter de nombreux témoignages et photos. J’ai ensuite sillonné l’Europe et le Canada pour montrer mon travail photographique sur les enfants palestiniens, avec cependant qu’une idée en tête : retourner travailler sur le terrain pour continuer à travailler sur mon créneau particulier, entre la photographie et les droits de l’homme.

Je suis partie de France avec un brin d’angoisse, déjà celui de passer l’aéroport et le contrôle des douanes, enfin aussi l’angoisse de retrouver une situation qui se dégrade sans cesse. Je savais que j’allais retrouver cette frustration de voir qu’inexorablement le Mur et les colonies se développent. L’occupation étrangle les Palestiniens dans la vie de tous les jours, lentement mais sûrement, une réalité largement ignorée par les médias généralistes. Comme actuellement l’accent est mis sur le « désengagement » de Gaza et qu’il n’y a plus d’attentats suicide majeurs, le monde a l’impression que les choses s’améliorent. C’est une illusion médiatique bien loin de la réalité. Les Palestiniens ne sont pas plus en sécurité ; les arrestations arbitraires, les obstacles à la liberté de circulation ; les démolitions de maison ; la confiscation des terres et la répression violente des manifestations pacifiques continuent. En ce moment des manifestations quotidiennes ont lieu à Bil’in, près de Ramallah ; où beaucoup de terre ont été confisquées pour le Mur. La semaine dernière les habitants, rejoints par des militants de la paix israéliens et internationaux se sont mobilisés et ont fait des actions symboliques et non-violentes. Résultats : une centaine de blessés, des arrestations, l’armée a utilisé des bombes assourdissantes, des balles de caoutchouc et un nouveau liquide paralysant et douloureux. Pourquoi de telles images ne sont pas montrées non seulement en Israël mais aussi au niveau international ?Alors voila l’idée du blog, partager un peu plus largement que mon cercle habituel mes expériences de terrain.

 

Autant le dire dès le départ, je ne prétends pas être exhaustive ou présenter une vision équilibrée. Je veux témoigner de mon expérience, donc mes écrits et mes photos correspondront à ce que je vis et où mes expériences me mènent.

 

Je reviens à mon voyage, passage sans problème à l’aéroport, je souris après le passage du tourniquet. Direction Ramallah, en passant par Jérusalem. Sur le chemin je remarque de nombreux fanions oranges sur les voitures, signe de ralliement des Israéliens opposés au plan de désengagement de la Bande de Gaza. Les mois à venir seront chauds, c’est sûr.

Pour aller de Jérusalem à Ramallah je saute dans un service, ces mini bus qu’empruntent les Palestiniens. Il faut passer le checkpoint de Qalandiya. Sur la route, le service longe le mur à Al Ram. Le Mur n’était pas la il y a un an. Il avance inexorablement et ici sépare une rue et un quartier en deux. Une petite fille s’envolant grâce à des ballons y est dessinée. Des bouffées d’oxygène artistiques ponctuent ainsi le Mur, je décide aussi d’en prendre le plus possible en photo. Qalandiya checkpoint, je me rapproche de ma destination. La aussi des changements, sur la droite du checkpoint ; ils ont carrément niveler une colline pour y construire un grand terminal. La construction est tordue, comme son idée. Ce terminal va être à l’image de celui de Eretz, pour rentrer à Gaza. La Cisjordanie va être encore plus difficile d’accès. Il s’agit notamment désormais d’empêcher les résidents avec une carte d’identité de Jérusalem (tout le monde ne le sait pas mais les Palestiniens sont identifiés par leur lieu de résidence et par exemple un résident de Cisjordanie doit avoir un permis spécial pour se rendre à Jérusalem) de se rendre en Cisjordanie, ce qui représente une catastrophe pour de nombreux palestiniens qui vivent et travaillent entre Jérusalem et la Cisjordanie. Le terminal doit être en fonction dans quelques semaines et personne ne sait comment il va fonctionner.

Je passe le checkpoint. Il s’est agrandi, développé, il y a désormais des tourniquets dans les deux sens et toujours il y a des gens entassés à l’intérieur, sous une chaleur écrasante pour attendre de passer. La situation est toujours aussi chaotique, nous sommes en été, encore plus de chaleur, de poussière, de colère. Je trace car j’ai hâte d’arriver. Les taxis attendent en masse, ils se disputent pour savoir qui va m’amener. Je jette un coup d’œil sur le Mur à gauche, et la tour militaire, je ne peux m’empêcher de sourire en voyant qu’elle est couverte de peinture. L’art et les couleurs contre les murs et la guerre. Un coin de ciel bleu un peu plus loin y est dessiné, une brèche dans le Mur.

 Ramallah enfin.

Je retrouve vite mes repères ; mes amis et surtout une famille palestinienne de mon amie A. avec qui je passe la plupart de mon temps. Le temps de claquer des doigts et déjà deux semaines de passées.

Quelques jours à Bethlehem. Pour venir de Ramallah, il faut mieux faire un grand détour par les montagnes. A Bethlehem aussi en un an, la situation s’est dégradée. J’ai un choc en voyant la progression du Mur ; il entoure presque désormais la ville. J’ai du mal à comprendre pourquoi les chrétiens ne se mobilisent pas plus. La semaine dernière, 400 arbres ont été détruits. Il y a quelques jours, une palestinienne de 70 ans est morte d’un infarctus à un checkpoint, rien d’étonnant avec cette chaleur. L’énorme colonie Gilo s’agrandit encore. L’ancienne rue principale est condamnée, un camp militaire est au milieu de la ville, notamment autour de la tombe de Rachel, qui est devenue un véritable bunker. Des Palestiniens courent, ils ont évité le checkpoint en passant par les champs. Le Mur passe juste à coté de maisons, le haut de certains immeubles ont été réquisitionnés par l’armée israélienne. A l’entrée de Béthlehem, un grand terminal est aussi en construction. Bethlehem aussi est en train de devenir une prison.

Un tour a Abu Dis… je vais ainsi essayer de retourner si je peux sur toutes mes traces pour montrer l’évolution sur le terrain. A Abu Dis il y a une grande université, en fait l’université pour de nombreux jeunes de Jérusalem. Le Mur a été construit juste devant l’université. Les étudiants, qui habitent pour la plupart de l’autre côté du Mur, doivent faire des grands détours pour assister aux cours. Il y a un tournoi de foot au terrain de l’université. Des jeunes de hebron, de abu dis, de jerusalem jouent a l’ ombre du Mur. Il est assez tôt mais la chaleur est déjà étouffante. Une équipe pose, sourires radieux. Oublier le temps d’une partie l’occupation. Je suis le Mur, rentre dans quelques maisons qui n’en sont qu’à quelques mètres. Les habitants sont désespérés, ont perdu des terres et leurs horizons. Coup de fil d’une amie, à la suite de l’assassinat d’un colon, l’armée israélienne est entrée dans le village d’un de nos amis palestiniens et occupe la maison de sa famille. L’armée est heureusement partie le lendemain.

Retour à Ramallah, toujours par service par les montagnes. Après Abu Dis nous sommes bloqués par un « flying checkpoint », un checkpoint temporaire instauré sur la route, là devant l’énorme colonie de Male Adunim à Jérusalem Est. L’embouteillage est énorme et nous avançons très lentement tandis que sur le coté passe en trombe les voitures des Israéliens, immatriculées d’une plaque jaune pour les distinguer des voitures palestiniennes qui elles ont des plaques vertes. La chaleur devient vite très étouffante, au point que j’utilise mon carnet de chèque comme éventail. Pour les enfants et personnes âgées cela doit être insoutenable voire dangereux. Les autres dans la voiture dorment à moitié, sortent de temps en temps pour fumer une cigarette. La situation est tellement frustrante mais cela fait partie du quotidien des palestiniens. Enfin nous passons le checkpoint, ils ne vérifient pas grand-chose vraiment. Quelques minutes plus tard, un nouveau checkpoint et re-attente. Enfin nous passons, je sors du service complètement trempée de sueur. Bethlehem-Ramallah : 20 minutes en temps normal ; nous avons mis plus de trois heures.

Bienvenue en Palestine.

 

 

10 juillet 2005 – Un bien triste anniversaire

 

Triste anniversaire que celui-ci: il y a un an la Cour internationale de Justice rendait son avis sur l’illégalité de la construction du Mur dans les territoires palestiniens occupés. L’avis est clair : dans son tracé le Mur est illégal. Mais le Mur continue à être construit et cette semaine a été même décidé l’accélération de sa construction notamment à Jérusalem Est. Plusieurs milliers de résidents de Jérusalem Est vont être affectés et vont se retrouver de l’autre côté du Mur et vont être ainsi coupé des services sociaux, de leurs ecoles, lieux de travail, etc.

 

 Un an après,  la mobilisation contre le Mur s’est écroulée. La communauté internationale ferme les yeux. Il n’y a pas un article dans les journaux sur cet anniversaire. Triste anniversaire en Palestine, le jour même j’assiste aux funérailles d’un jeune de 15 ans, tué par balle par un garde israélien de sécurité lors d’une manifestation contre le Mur. De sang froid. Je peux comprendre la colère et la frustration. Le corps a d’abord été montré à Ramallah, puis nous sommes allés dans le village du jeune. Tout le monde était dans la rue pour le pleurer. Le moment le plus poignant a été lorsque nous sommes arrivés devant sa maison où toutes les femmes attendaient, en pleurant. Les jeunes étaient particulièrement présents; des enfants portant le portrait du jeune et ils étaient tellement nombreux au cimetière, brandissant drapeaux du Hamas, du Jihad…la violence ne peut nourrir que la violence. Plus de 600 enfants palestiniens ont été tués depuis le début de la deuxième Intifada ; pas un soldat israélien n’a été inculpé.

 

17 septembre 2005- De la résistance non-violente : Bil’in, un petit village résiste encore et toujours

 

Depuis des mois un petit village de Cisjordanie, Bil’in, situé à l’Ouest de Ramallah, organise chaque vendredi des manifestations non-violentes contre la construction du Mur autour de leur village. La première fois que j’ai entendu parlé de ce village, c’est par l’intermédiaire d’une famille palestinienne qui habitent à Ramallah mais qui sont originaires de Bil’in. Le patriarche de la famille était riche par toutes les terres qu’il possédait. Il a tout perdu aujourd’hui et il ne lui reste que sa maison. Ses terres ont disparu derrière le site de la construction du Mur, comme la moitié des terres du village.

 

Bil’in est un village traditionnel entouré de belles montagnes mais aussi de colonies.  Nous sommes loin de la Ligne verte. le Mur rentre ici profondément dans les terres palestiniennes.

Les villageois ont décidé de se mobiliser et de ne pas accepter cette injustice. Depuis des mois, chaque vendredi ils utilisent leur droit à manifester. Ils ont fait preuve à chaque fois de créativité en usant différents symboles et formes de protestation : il y a eu une manifestation composée uniquement de femmes puis d’enfants ; à d’autres occasions les manifestants se sont enchaînés aux oliviers, ou encore se sont menottés eux-mêmes afin de bien montrer qu’il s’agit bien avant tout de manifestations non-violentes ; ils ont aussi prié et chanté devant les soldats. Au fur et à mesure les médias ont de plus en plus couvert ces manifestations auxquelles participent désormais des Israéliens et des internationaux.  Chaque vendredi on pense qu’il s’agit d’un scénario bien huilé et pourtant on ne sait jamais ce qui peut arriver. Tout peut basculer très vite. En effet en face, l’armée israélienne n’hésite pas à employer la force, d’une manière le plus souvent violente et excessive. On est loin des images du désengagement de Gaza de soldats compatissants ou compréhensifs.  Il faut le savoir, quand on manifeste en Palestine on peut être arrêté mais aussi blessé ou tué.

A la première manifestation à laquelle j’ai assisté à Bi’lin, il y avait eu une trentaine de blessés, notamment par des balles en caoutchouc.

 

Cette semaine je suis retournée assister à la manifestation avec je dois dire quelques craintes.

La manifestation comprenait un concert au piano par un Israélien survivant de l’holocauste, tandis qu’un chanteur américain folk a sorti sa guitare et chanté devant les soldats. Les manifestants ont fait face aux soldats puis ont essayé de contourner le barrage.  Deux internationaux ont tenté de se rendre sur le site de la construction du Mur. Ils ont été rattrapés par les soldats, et arrêtés d’une manière très violente, traînés par terre et les poignets lacérés par des liens trop serrés. Les soldats se sont ensuite rapprochés des jeunes du village qui commençaient à jeter des pierres, leur moyen d’exprimer leur colère et frustration. Les soldats israéliens ont ensuite lancé les gaz lacrymogènes et tiré des balles en caoutchouc. A ce stade je suis partie mais alors que je m’éloignais en taxi collectif du village, un des enfants a soudainement fait signe de fermer la fenêtre en criant « gaz gaz ! ». En effet le gaz a envahi le véhicule et nous nous sommes tous mis à tousser et pleurer. Nous étions pourtant à déjà deux ou trois kilomètres du site de la manifestation. Le gaz pénètre ainsi dans le village, dans les maisons et je dois dire que le respirer ne serait-ce que quelques secondes est une expérience horrible, alors qu’en est-il pour les personnes âgées, les enfants et bébés, les personnes malades? Au total, huit personnes ont été blessées, par balles en caoutchouc ou inhalation de gaz lacrymogènes et six ont été arrêtés.

 

L’armée ne se contente pas de réprimer durement de telles manifestations, elle essaye aussi de les empêcher. La semaine dernière l’armée israélienne avaient imposé un couvre-feu le jour de la manifestation à Bil’in.  Les Israéliens qui venaient participer ont trouvé des barrages leur interdisant l’accès au village. Les soldats sont aussi rentrés à Bil’in pour exiger des Israéliens qui y séjournent en solidarité de partir. Quand ils ont refusé, ils ont été arrêtés. Mais les villageois ont bravé le couvre-feu et sont sortis en cognant sur des casseroles. Ils ont été finalement rejoints par 300 Israéliens qui ont réussi à rejoindre Bi’lin en passant par une colonie et en marchant des kilomètres. Cette semaine des activistes israéliens ont été également empêchés d’atteindre le village.

 

La violence dont fait preuve l’armée commence à être questionnée. Comme souvent ce sont des images choquantes d’activistes battus par les soldats qui ont fait réagir l’opinion. Je ne parle cependant que de l’opinion israélienne car de tels actes, alors que le conflit est tellement médiatisé, ne trouvent curieusement pas d’écho dans les médias internationaux. Pourquoi ces actes de résistance non-violente ne sont pas médiatisés tandis que les confrontations entre soldats israéliens et colons à gaza ont donné lieu à un grand tapage médiatique ? La résistance non-violente existe en Palestine, elle commence aussi par le simple fait pour les Palestiniens de ne pas partir.  Bil’in n’est par ailleurs pas le premier village à organiser de telles manifestations.  Avant il y a eu Marda, Budros, Jayyus, Biddu ou Beit Surik. Mais qui en a entendu parler ?

 

Si l’armée réprime si durement de telles manifestations, c’est qu’elle sait le potentiel que pourrait représenter une multiplication de tels évènements en Palestine, notamment aux yeux de l’opinion internationale. Nous en sommes encore loin. A la manifestation de vendredi, il n’y avait que 50 manifestants, et presque autant de soldats et photographes. Il y avait plus d’internationaux et d’Israéliens parmi les manifestants que d’habitants du village.  Beaucoup de Palestiniens sont las de ces manifestations qui ne semblent rien changer alors à quoi bon prendre le risque de se faire tuer ?  Le caractère non-violent n’a aussi duré qu’un temps et finalement une fois que la manifestation s’est dispersée, les jeunes du village ont commencé à lancer des pierres. Les organisateurs déclarent alors généralement la fin de la manifestation et demandent à tout le monde de se retirer.

Semaine après semaine, la manifestation a le mérite d’exister et représente en tant que telle un symbole et une lueur d’espoir : une autre manière de résister, qui si elle se développe et si elle n’est pas asphyxiée par les gaz lacrymogènes ou tuée par les balles, pourrait représenter une force motrice dans le conflit et changer les visions sur les protagonistes.

 

 



STATEMENT OF ACTIVESTILLS FOR THE PHOTO EXHIBITION "JERUSALEM DISPOSSESSED"

“During our documentary work in and around Jerusalem, we have been increasingly exposed to the dark side of the City of Light.  There, hundreds of thousands of people are living in shadow, with identity defined by forces they cannot control, unwanted in their own homes, afraid of being expelled while they are just asking to live peacefully in their city.”

“Above all we want to discuss humanity, but the sad thing is that in Jerusalem one’s value as a human being is determined by ethnic group and religion. Together with its bulldozers, Israel is trying to smash the Palestinian community in East Jerusalem to dust. Divide and rule. Conquer and annex. If Jerusalem is to remain the symbol of peace and tolerance, it cannot be a ghetto for anyone or owned by any particular group. In the same year that Israel celebrates 40 years of the so-called “unity” of Jerusalem, the city has been divided by force, discrimination and injustice. In the “holy city” of 2007, it seems that the only god is “security” and real estate. Israeli policy is drawing a twisting path of a wall that more than anything ensures more conflict, suffering and despair.”

“The future of Israel cannot be built by blocking the potential of the other. Any negotiation taking place while facts and borders are aggressively being determined according to one side’s interests, is just an illusion. Without real freedom and respect of the other’s right to live in dignity, there is no basis for political negotiation.”

"ActiveStills, october 2007"

.....................................................................................

A few extracts from my journal (2003-2008)

Trips within a Prison called Palestine, first week; 2003.

When Al-Haq, a Palestinian human rights organisation who took me as an intern,  asked me to do the pictures for their campaign against Collective Punishment, I did not know what to expect.

Collective punishment: curfews, roadclocks, closures, house demolitions, mass arrests. Collective punishment: confinement; humiliation; punishing a people, punishing a nation. Jailing a people within their own country. Controling the people; controling their space, their time. Denial of access to medical relief, violations of the freedom of movement, of the right to education, of their right to enjoy their own culture, in some occasions additional violence is used to enforce measures, some people do die.

 

To denounce collective punishment is a collective duty.

 

I did not know what to expect.

 

How can you be prepared? It is difficult to imagine the day-to-day harassment that the Palestinian people have to endure everytime they have to move. Media tend to focus on the most dramatic events, such as house demolitions, bombings, the blood and the drama. But nothing is being said about those measures of collective punishment that make Palestinian life difficult, if not impossible.

 

 Not only I have met some people who told me their stories but also I have simply experienced myself how is it like to travel in Palestine. However it would be presomptuous to say that I am at the same level.  As a foreigner, you never fully experience what they have to put up with. As a foreigner, most of the time, the soldiers pull you out of the queue and make you pass faster at checkpoints. I feel uncomfortable to pass in front of everybody. But what can you do? But, in some checkpoints, I was simply not allowed in, without being given any rational reason. For me it was not such a big deal. But for some Palestinians, it could mean not being able to return home, not being able to go to work nor to see a doctor.

 

Ramallah, first week in Palestine….

 

Ramallah is a nice city. The city centre is vibrant, lively and colourful.  But a ride by car with a friend makes me rapidly realise that that feeling of freedom was only an illusion.

 

I naively asked my driver if we were going outside Ramallah. He just smiled back at me and replied “going out Ramallah? but Anne you are in prison here!”. So, let’s have a tour of the prison then. Arafat’s compound, really in rumbles. Then we went to the road to get out of Ramallah to Jenine and Bir Zeit, where the University is. The road was closed by a roadblock. An Israeli military jeep was constantly going back and forth to turn people and cars away. Some people were trying to go around. It was a cruel game to watch.

 

Because of these roadblocks, some people cannot get back to the home, some thirty villages are cut off and some days the university is not accessible for students. Above the scene lies a settlement…Well protected. They can use a modern road, those “by pass roads” which encircle Ramallah as well as many Palestinian villages. The tour continues and it not more cheerful: more settlements, more stories of shootings and clashes.

We also drove on some dirt roads that people try to use to avoid checkpoints. Then we saw the big and new “fence”. Not a “concrete” wall but a very impressive series of fences which can be legitimately called “the Wall”. It certainly does not look as something “temporary”.

Even my friend was quite surprised. He did not expect the Wall to have come so close to his city: “So, this is the new border of Ramallah” and more lands are taken.

 

Bir Zeit. An isolated university.

 

Bir Zeit is a village a few kilometers from Ramallah. This is where the University is. The fact that there is a roadblock between Ramallah and Bir Zeit is a nightmare for many students. The University is therefore isolated and easily cut off.

That day the Sorda road was open to people. Of course cars cannot pass because of the roadblocks. Indeed there are not one roadblock but two separated by 400 meters. Those 400 meters can become an impossible obstacle if you are carrying things or if you sick, or old. How long the Palestinians will have to walk?

 

I stayed quite a long time at Sorda, just watching people passing through, wondering how they must feel about being forced to do this. Why do we have these roadblocks? I do not see any valid security reasons. These are just people who want to go to study, to work, to visit their parents. Making people understand that they are not master of their own destiny?

Then I went to visit Bir zeit where I met some students. Another stories. Kayed had just been to Hebron. It was the first time that he went to see his family in the last three months. Travelling was very difficult. He had to go through mountains, walking a lot along the way to avoid checkpoints and being able to enter Hebron. His brother showed me his wounds. He had been injured during a demonstration in Hebron. His friend told me how the last time he went to see his family in Nablus he was beaten up at a checkpoint because he could not remember his phone number. They told me that they want peace but that the future looks grim. They told me how is it difficult to study in those conditions and that the world should help.

 

Hebron, the ghost town.

 

Going to Hebon from Ramallah is not an easy task. I have been through five different checkpoints. One of the soldiers asked me if I was “enjoying my tour” and he looked like he was really serious.

I had to go through Jerusalem and took a service from there. Of course, the service could not access Hebron because of closure and had to leave us at a village north of Hebron where I met the fieldworker who was supposed to show me around for two days.

 

Hebron is divided into H1 et H2. H1 is controlled by the Palestinians, H2 by the Israelis. A few hundreds of settlers are living right in the middle of the Old City (H2). That means that hundreds of shops had been closed down there and that many Palestinian families had been forced to leave. The city has often been under curfews and is under continuous tension. The city is supposed to be controlled at 80% by the Palestinian Authority but in reality they cannot do anything without the Israelis. Things are only getting worse and worse as an employee of the municipality told me.

I visited some demolished houses. The first one was a 8-storey building.

The site was just apocalyptic. A strange mix of concrete, metals, clothes that form absurd monsters, created by men madness, monsters which might haunt my nightmares.

 16 families were in that building. Some of them had to live in tents on that site for weeks. One night the soldiers had been hunting two Hamas members who took refuge in that building. Shootings started and people were frightened.

One of the inhabitants looked outside and was badly hurt. The soldiers made everybody leave the building and then destroyed it. The fire spread to the house next to the building and one baby was killed. Welcome to Hebron.

 

Then we headed to continue our “tour” to see another destroyed house. Strange building. The top floor and the ground floor were destroyed. In between those destroyed floors,  two floors were inhabited. On the top floor was living a local leader of Hamas (Abdallah), on the ground floor lived his nephew who was also involved with Hamas. When they destroyed the building- on the 11th September 2002 , Abdallah had already been killed and had not been seen in the house for three years. Bassel too had not been seen there for one year. He was killed a few days after. I met an old man on the site who was had been living in the destroyed ground floor with other 7 people. In a few month he lost his brother (Abdullah), his son (Bassel) and his flat. He is now living in one of the flats above the rumbles.

We sat down and talked. He wanted me to know that they are just defended themselves and that they just want to live in peace.

 

Beita Anoun….

 

The fieldwoker Zahi who took me around is living in a village near Beit Anoun. We left Hebron early to go there because he was afraid the Israeli army might close the roadblock and then we could be stuck in Hebron. We took a service, up to a certain point then we had to get out and walked because the car was not allowed to use the road that is passing near a settlement.  Some Palestinian cars had even been shot there.

 

Then I looked at a very familiar scene for Palestinians. Standing on a roadblock,  an Israeli soldier was shouting at around 50 Palestinians.  They just wanted to go home but had to wait forever that the soldier finally let them through…one by one, slowly. People were angry. Who would not be? An old man shouted at me : “see what they do to us!”.

 

The following day I went to the Old City of Hebron. The situation is so bad there. I tried to enter the quarter where the settlers live (Tel Rumeida) but the Israeli soldiers did not let me pass the checkpoint.

 

We visited a family in the old city.

 

 

 

Their life has become hell. The kids are afraid to go to school. Two children were injured. The woman had a miscarriage because she could not reach the hospital for ten days. The Israeli soldiers forced them to put a thick curtain in front of their main window because they are facing settlers’houses. They underg repeated threats and humiliation. They are too poor to leave.

The old city center of Hebron is totally desolated and looks like a ghost town. But it is not very difficult to imagine how nice and lively it could be. Beautiful buildings falling apart. A beautiful country falling apart.

 

22 February 2004. Who is listening?

 

A protest in Beit Surik. Two hours to go there; it would take 10 mn with a car from Ramallah, without checkpoint. Beit Surik is a village that is going to be surrounded by the Wall. The people are going to lose their land, some olive trees will be destroyed and the sources of water will be on the other side of the Wall. The demonstration started at the boys’ school. Kids played football, Palestinian flags and banners were displayed all around: “our identity is our land”, “don’t turn our villages into prisons”. But this is already happening. We climbed the hill to face the settlements that surround Bet Surik and Jerusalem. There are just everywhere.  Do they see us? They look so blind, so closed and indifferent. The protesters were mostly the inhabitants of Bet Surik, among them there were some old women with traditional dresses, their face so full of beautiful wrinkles- rivers of time that have already seen so much of uprooting, humiliation and destruction. They will go deeper and deeper until the bones, until it hurts so much. They clapped in their hands in rythm your refusal to finish their days in prison. Who is listening?

 

 

 

25 February 2004.  Learning how to dance on the sound of bullets

 

«I will teach you how to dance on the sounds of the bullets » told us Amneh while we were watching the Israeli soldiers shooting at the stone throwers in the main street of Ramallah.

 

Today is such a sunny day, the kind of day when you do not want to be at the office. I begin my work as usual until somebody tells us not to panic because there are many soldiers around. I go out with my digital camera. And well..they are all over the place. How strange to see the new Palestinian security forces in the streets, standing there while there is an Israeli military incursion in Ramallah. I hear that the soldiers are looking for something in the banks. I am running around with my small digital camera but I need the other one, my “real” one so I decide to go back to the flat. The soldiers are just in the corner. I take a few pictures of them, of them entering the bank and go away some bags. What is happening?

There are shootings in the main street and already many stones flying. With two colleagues of mine, we decide to go out to check the situation. Ahmneh, one of my Palestinian colleagues, is so cool and calm and tells us where we can go. It is amazing to see how the Palestinians remain cool in that kind of situation. They are watching and they are laughing at me because I could not help myself but jumping at every gunshot.

We stay next to the journalists as it seems to be the safest place.

 The soldiers do not really seem to know what they are doing and they look surprised to face such a level of resistance. Stones are flying as well as anything the young boys, the shebaabs as they are called,  can find on top of the roofs. Barricades are soon up. The street is looking as a battlefield. I have never seen Ramallah like this.  The soldiers seem to leave and so are we, back to the office where it is quite amazing to see that people just continue to work as usual, as if nothing is happening around. Business as usual. But I guess they are so used to it. I cannot just sit down and concentrate. Some noise is coming from the streets. This is still going on, so I just go back, without telling anyone at the office.  The soldiers are back and the stones are still raining. Suddenly I find myself in the worse position:, between the stones-throwers and the soldiers so between the stones and the bullets. I have to take refuge and  go inside a shoe shop just before they completly close its iron curtain. The stone- throwers are now in front of the shop. The sound is becoming louder and louder. At every frightening noise, the owner smiles at me. I manage to take some pictures through a tiny hole in the iron curtain. They are many shebabs outside, they throw stones, then try to cover behind walls and the cars to avoid the bullets.

We wait that the storm calms down around a cup of tea but soon we have to back down to avoid the smell of the gaz which invades the shop. I am crying and my eyes hurt. I am calling the office to tell them not to worry about me.  They told me that already many people have been injured and that i should leave. They are closing the office. So I decide to leave through the back door of the shop. Soldiers and stone throwers are all around so I try to avoid them by jumping over fences and walls. Finally I manage to get to my flat and I can relax a bit.

The soldiers leave the town at midnight, did they just do the biggest robbery ever?

This is what has happened. The Israeli soldiers went to the bank and took some money. This is an unprecedented direct attack on the Palestinian financial system. It adds to the general feeling of instability and helplessness. What remains immune from the occupation? What remains to the Palestinians to trust in?

I have to go back to the shoe shop to say thanks to the owner to have made me fell almost comfortable in a very tricky situation,

I keep you updated, Anne

 

24 March 2004. Their ground zero

 

I could also easily  enter Jenine through the moutains for a few hours to visit the refugee camp. There have been many changes since my last visit.  They are building new houses after so many had been erased by bulldozers during the dreadful military incursion of 2002. More than one hundred houses were demolished. The Palestinians used to call the huge empty space in the middle of the refugee camp “our ground zero”.

The situation is still bad, bullets holes are everywhere and the economic situation is dreadful. We heard many shootings as we visited a Mosque but that it did not seemto disturb the fieldworker who was with us. This is part of the landscape!

Hope you are all well, thanks for messages. Be happy.

Anne

 

 

20 April 2004. Angry.

 

Today i am so ANGRY.

Because today I wanted to go to a village where the Israeli forces bulldozed around 40 graves but there were just too many checkpoints to go there…so I changed my destination to try to go to Nablus.

Because at Nablus I was repelled at two checkpoints;

Because at the second checkpoint they told me to go back to the first one;

Because the soldiers were joking and repelling people just with a gesture from their hands and sometimes insults;

Because on my way back to Ramallah with service we had to go through six checkpoints within 4O kms!

Because at the back of the car there were with me two kids who were suffocating from the heat while we were waiting at checkpoints;

What  was most worrying was that they did not make any sound, they were like dead;

Because I have seen some settlers with rifles near some checkpoints;

Because the Israeli cars with yellow plates were trepassing us so fast on the left lane;

Because I lost a day of work….

Because, while for me it was not such a big deal, this nightmare represents the daily reality of Palestinians…

How long are they going to put up with it?

 

10 July 2005. Sad anniversary

What a sad anniversary today. One year after the ruling of the International Court of Justice on the illegality of the construction of the Wall in the Occupied Palestinian Territories; the Wall continues to be built and the international community has totally failed to fulfil its obligation to stop Israeli violations of international law. This week the Israeli government has even decided to speed up the construction of the Wall, especially around Jerusalem. 55,000 Palestinian residents of Jerusalem will be affected and will find themselves on the other side of the Wall, therefore being cut from the basic services, schools, universities, jobs, etc.

One year after the ruling, the international mobilisation against the Wall has collapsed and the international community closes its eyes to what is happening here.

 Did you see one article in mainstream media about the anniversary?

A sad day in Palestine; just the day of the anniversary I went to the funerals of a 15-year old teenager who was shot dead by an Israeli guard in a demonstration just the day before...

 

17 September 2005- On non-violent resistance: Bil’in, a small village which stills resists.

 

On Friday, I decided to go back to Bil’in. Since months, the inhabitants of Bil’in together with Israeli peace activists and internationals have been organizing every Friday a demonstration against the construction of the Wall around the village. Located west of Ramallah,  Bil’in is a beautiful village surrounded by mountains but also settlements. The first time I heard about it was through a Palestinian family I stayed with in Ramallah. They are coming from this village and they told me how the Patriarch of the family lost all his lands because of the Wall. Once considered as quite wealthy, he is now left with nothing but his house. The construction of the Wall, which stands there far from the Green Line, has indeed resulted in the loss of half of the village’s agricultural lands. When we see the construction and the settlements nearby, it clearly appears that the construction of the Wall inside Palestinian territories aims at annexing more Palestinian lands and secure settlements’ existence.

But the inhabitants of Bil’in have decided to fight this injustice in their way, by using non-violent means of resistance. Thus, every Friday, they go to the construction site and face the Israeli soldiers.

The demonstrators are creative and every Friday see a different demonstration. Once there were only women, then only children. They tied themselves to their olive trees.  They handcuffed themselves to show that they do not intend to use violence. They sang and prayed in front of the Israeli soldiers. Sometimes they were numerous, sometimes only a few but the consistency of the weekly protest is beginning to find some echoin the medias. Every Friday the storyboard seems to be the same. However everybody is aware that anything can rapidly change and that one can be arrested, injured or even killed. The Israeli army does not hesitate to repress the demonstrations by using a disproportionate use of force. Israeli soldiers use tear gas, rubber bullets and even sometimes live bullets. Protesting is simply a very dangerous act in Palestine where one put his life at risk.

How many people- Palestinians, Israelis and internationals have been arrested, injured, or killed during such demonstrations? Nobody knows.

The violence has begun to be questioned within Israeli society, notably following the release of some videos showing the beating up of non-violent protestors. Even the Israeli Courts have used such video to order the release of some Palestinians who clearly were violently arrested without any justification other than the political aim to deter them to participate or organise such demonstrations. However these images do not go beyond the Israeli and Arab medias and I wonder why, as the Israeli-Palestinian conflict attracts so much media coverage. Why non-violent resistance of Palestinians is not shown while there has been so much coverage of the confrontations between the Israeli soldiers and settlers in Gaza or on the demonstrations from settlers? Bil’in is not the first case and other villages have been also organised such demonstrations such as Marda; Jayyus, Biddu and Beit Surik. Who have heard of them?

 

This Friday I did not go to the demonstration with a quiet mind.

The last two demonstrations in Bil’in have resulted in many injuries and arrests. Now the army seems not only to violently repress the demonstration but tries to prevent them even before they actually start.

 Last Friday the army tried to prevent the participation of Israeli peace activists to participate in the demonstration by setting up roadblocks around Bil’in and declaring a curfew. They ordered the Israelis who stay in Bil’in in solidarity with the Palestinians to leave and when they refused they arrested them. Nevertheless some inhabitants of Bil’in defied the curfew and went out, hitting on pots to make noise, a gesture that echoes what has been used in South America. They were joined by 300 Israeli activists who managed to reach the village through a settlement and after a walk of several kilometers. The violent response from the army resulted in many injuries.

 

This week the highlight of the day was the participation of an Israeli pianist, an holocaust survivor, who made a small concert and of an American folk singer who sang in front of the soldiers against the occupation. The protestors faced the soldiers and then some tried to bypass them to reach the area where the Wall is built. Two internationals were then very violently arrested. They were dragged and their hands were so tightly tied that their wrists were all red and cut. The soldiers then moved closer to the youth of the village who have begun to throw stones. The soldiers threw a lot of tear gas and began shooting rubber bullets. Everybody started to leave, the demonstration was officially over. I left and I finally could breathe without smelling that awful gas that burns your eyes and makes you cry. But in the collective taxi suddenly one of the child showed me the open window and shouted “gas, gas!”. The tear gas invaded the car. We were a few kilometers away from the location of the demonstration. The gas went everywhere in the village and inside the houses. It can cause many health problems for  babies, the sick and old people.

At the end of the day, eight injuries were reported by rubber bullets and inhalation of tear gas. Six people have been arrested. If the demonstrations are so severely and violently repressed, it is because the Israeli government knows the impact that could have the multiplication of such demonstrations on the international opinion.

However we are still far from a mass movement. At the demonstration on Friday, the protestors were only around 50 and there were as many as soldiers and photographers. Furthermore, among the protesters there were more internationals and Israelis than the inhabitants of the village. Many Palestinians are tired of these demonstrations which seem to have no result on the ground ,so why taking the risk of being killed?

Nevertheless, week after week the demonstration has the merit to exist and Bil’in stands as a symbol and a glimpse of hope that, if it is not suffocated by tear gas or killed by rubber bullets, could expand into a moving force in the conflict.

 

Monday, 10 October 2005. Can we get into a routine in Palestine ?

 

As I was spending my first week at work, at the University of Birzeit I was asking myself this question: Can we get into a routine in Palestine ?  I spend my days at my desk, doing some research on my computer. I could do that anywhere. The university is quite nice. It is the main campus in Palestine and there students from all over the West Bank. There are also some internationals who come to learn Arabic. But sometimes the situation pops up. Last week, there was a parade of young masked men wearing military clothes after the local elections. I remembered where I was.

But apart from a few unusual things happening, it is pretty much as everywhere else. I go to work at 8am until 3 pm (sooner than usual because of Ramadan), then I go home when I do not stop to eat with the Palestinian family I always go to. I have Fridays and Sundays off. Will I have the energy to go out on my days off to take pictures? I hope so but this week I just stayed at home (because it is so nice to have one!) and relax.

This morning I did not take my big camera but I also thought “well I am sure that just because I do not take it, surely something will happen”. And indeed, as soon as I got into the service (collective taxi) I heard the students talking about a flying checkpoint in Surda; located just north of Ramallah. After a few kilometers we were stuck into a traffic jam provoked by the checkpoint. We all had to get out and walk through all the chaos, the cars, the dust, the klaxons. In the middle there were some Israeli soldiers and military jeeps. With an arrogant gesture of the hand, they decided if the persons and cars could pass or not. I took a few pictures with my small camera- from far away after that the soldiers asked me to erase the pictures that I took earlier. We had to walk for at least two kilometers and then again we had to find a taxi. It took me one hour and a half to arrive at work instead of 15 minutes. I am certain that the Palestinian who were in the cars will not be on time for their Ramadan dinner, which is particularly cruel.

Day-to-day life can be interrupted at any time. There is no such thing as a routine in Palestine; unless we can say that the disruptions of routine become part of it.

 

Wednesday 19 October 2005.  Ramallah under the rain

 

The West Bank is so miserable under the rain. The rain arrives without warning, during the night. She came along with its two friends, the mist and the wind. Of course I do not have an umbrella or a raincoat, as most Palestinians and I always end up being quite wet. During the day, the streets become rivers. I prefer not to imagine the Palestinians that have to wait at checkpoints under that rain. It is dark at 5.30.  Indeed, the West Bank is miserable under the rain.

 

Dimanche 30 October 2005.  A Palestinian boy kidnapped after school.

 

I will remember for a long time this image : an old Palestinian woman runs after an Israeli military jeep that takes away her son. His name is Said, he is 8 year-old and lives in Anata.

 

Today I went back to Anata to visit the boys’ school. I went there three weeks because there was a demonstration against the building of the Wall in front of the school. Three weeks later I heard that the Wall has been built, just in the middle of the school’s playground, leaving just very little space for the 800 children to play. The Wall is massive, over 9 meters there. What can the children feel when they play in the shadow of it? One member of the school told me that the soldiers almost come everyday, thus provoking clashes with the children. As a matter of fact, as I walked outside the school I saw some children throwing stones at the soldiers standing at the construction site of the Wall. Then everything went very fast. The children started to run and two soldiers suddenly appeared and caught the first boy they could catch. I did not really know what to do, I tried to take some pictures and shouted at them that he was only a child but they did not care. Some Palestinians quickly came to protest but then the soldiers carried away the crying boy to the site of the construction of the Wall. Again, some Palestinians followed and tried to convince the soldiers to release him. But there was no way; they drove away while his desperate mother was running behind it.  I do not know what will happen to that boy. Some over 300 children are currently in Israeli jails and some of them were convincted for years to have thrown stones. Should have I protested louder? Thinking about the face of the frightened boy, her mother running behind the jeep, and my powerlessness, I feel sick tonight, and angry.

Ps: tonight we could talk to the family, the boy was back to his home, after having spent fours hours at the army base. He was shattered. The army made the father signed a paper. Next time, he will have a pay a fine of 20,000 shekels (around  5,000 dollars).

 

27 Novembre 2005. For a change: a funny story or how did i miss my international volley-ball player carrier.

 

I have to tell you that story because i found it so funny. I was asked by the Palestinian national team to play in their team and to represent Palestine in a competition in Aman to play against Arab Countries. I was playing at BirZeit university. My trainer talked about me to the trainer of the national team. They needed some players.

I was very honoured of course. The Ministry of Education phoned  the Institute of Law to tell them that they absolutely needed me for 10 days. My boss was nevertheless not impressed and refused because some meetings were organized. And so my international career that was about to start stopped right there because somebody thought that law is more important than volley-ball. I learned  a few days later that the Palestinian team could not go to Amman because they were short of players. how tragic! Maybe it is time to quit my job?

 

Dimanche 4 December 2005. Ramallah-Tel Aviv : Faraway, so close

 

Going back from Tel Aviv to Ramallah; I am always confused. It is just so hard to go through one reality to another. You feel that you are going to different worlds. So far and so close at the same time because their fate are so closely intertwined. Tel Aviv looks like many Mediterranean cities of the South of France. Big buildings; lovely beaches with range of trendy cafés and restaurants. People seem pretty relaxed and are casually dressed.

 The sea was actually beautiful and I went for a swim, which was so nice when thinking it was December. I stayed in Jaffa, the old harbour where many Arabs live. I guess I felt that way would be easier to deal with those different worlds, to find some kind of connections. It is hard to just relax and try to forget about the conflict and the reality I have been living in during the last months. You feel uncomfortable and sometimes even guilty. I was also wondering all the time if I should tell the truth to people I met about the purpose of my stay here or pretending to be an idle tourist who visits Israel. It led to some funny situation. In the hotel, when my roommate asked me what I was doing,  I just answered the truth: I am working in a university in Ramallah. But she understood “ramle”, which is an Israeli city. Maybe she just could not imagine that I could live in the West Bank. Anyway the conversation based on a total misunderstanding had lasted for ten minutes. The next day I finally told her the truth and then she replied that she had some Arab friends and that she wishes the peace, a quite common answer here (but when you actually ask about the reasons why there is no peace and what does it take to achieve it, then you begin to get usually some discourse about blaming the others).

Walking around Jaffa, I was thinking about a Palestinian friend who told me a few weeks ago that his grand-parents had a house there and how they flew in 1948 thinking that they would come back one week later. They never came back.

Sometimes I felt like screaming to the Israelis lying on the beach: “ Hey do you know what is happening just 50 kms from here?!”. Or I was thinking how it could be nice to share the beach and nice moments with some of my Palestinian friends.

People here seem to live in a bubble and this is how they call Tel Aviv. It has the reputation to be an open city with a vibrant cultural life, very different from the rest of Israel. It is very notorious for its night life; people party there as it was for the last time, or maybe they party to forget what they did. But of course the bubble is not totally closed. There is an impressive checking at the entrance of the university and a heavy military presence. As I was driving around with an Israeli friend she pointed me to some places that were blown off by suicide bombers. I told her also how nice it would be nice to show her Ramallah.

I went back to Jerusalem in one hour. Jerusalem seems so different, so conservative. Then I reached Qalandia checkpoint where the harsh military occupation jumps immediately to your face. I thought there about the beach in Tel Aviv and I just could not make sense of any of the last 48 hours. I could not make sense of the whole situation.


Today there was a suicide bombing just north of Tel Aviv. So far, so close you cannot escape the reality of the conflict.

 

15 January 2006, some new “terminals” in Palestine

 

In the last months of 2005, new terminals opened in Bethelehem and Qalandia to replace the checkpoints. Others terminals are also going to be put in place around Qalqilia, Tulkarem and Jenine and more are announced for 2006, both in the West Bank and Gaza. These terminals are constituted by a complex and impressive system of huge-size halls, electron

contact@annepaq.com - member of activestills.org

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Aucune reproduction ni utilisation n'est permise sans l'accord de l'auteur.
No reproduction or use is allowed without the prior expressed agreement of the author.